K I O S Q U E N E T
« Je ne suis pas certain que ça ira mieux si ça change,
mais je suis certain qu’il faut que ça change pour que ça aille mieux. »
Lichtenberg



« Nous sommes dirigés par des meurtriers ; le monde changera quand les gens
auront compris qu’ils ne tireront jamais rien de ces meurtriers. »
Marceline Loridan Ivens




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« L’amour chasse la peur, mais réciproquement la peur chasse l’amour. Et non seulement l’amour. La peur chasse aussi l’intelligence, chasse la bonté, chasse toute idée de beauté et de vérité. […] Car, en fin de compte, la peur chasse même l’humanité de l’homme. Et la peur, mes bons amis, la peur est la base et le fondement de la vie moderne. La peur de la technologie tant prônée, qui, si elle élève notre niveau de vie, accroît la probabilité de mort violente. La peur de la science, qui enlève d’une main plus encore qu’elle ne donne avec une telle profusion de l’autre. La peur des institutions dont le caractère mortel est démontrable et pour lesquelles, dans notre loyalisme suicidaire, nous sommes prêts à tuer et à mourir. La peur des Grands Hommes que, par acclamation populaire, nous avons élevés à un pouvoir qu’ils utilisent, inévitablement, pour nous assassiner et nous réduire en esclavage. » Aldous Huxley


Stéphane Hervé et Luca Salza

Koutouzov : pour une stratégie destituante aujourd’hui

Contre la profusion vertigineuse de discours décrétant l’urgence de l’action.

- lundimatin -


« Ceux-là même qui dénoncent l’état d’exception permanent, n’hésitent pas à répéter les mêmes slogans, les mêmes appels que les “décideurs”, qui œuvrent, sans vergogne et sans paravent désormais, pour la “Grande Restauration…” » Or, « Être à la hauteur de l’événement aujourd’hui, dans ce monde humain que nous savons désormais déjà fini, n’est-ce pas plutôt ne rien faire, radicaliser notre inactivité imposée ? »

«.Quant au comte Rostoptchine, qui tantôt faisait honte à ceux qui s’en allaient, tantôt faisait évacuer les administrations, tantôt distribuait des armes inefficaces à des bandes d’ivrognes, tantôt levait des icônes, tantôt interdisait au métropolite Augustin de faire partir les reliques et les icônes, tantôt réquisitionnait tous les véhicules particuliers de Moscou, tantôt faisait transporter sur cent trente-six chariots le ballon que construisait Leppich, tantôt laissait entendre qu’il incendierait Moscou, tantôt racontait qu’il avait mis à feu sa propre maison et, dans une proclamation aux Français, leur reprochait solennellement d’avoir saccagé son orphelinat ; tantôt s’attribuait la gloire de l’incendie de Moscou, tantôt la rejetait, tantôt ordonnait au peuple de faire la chasse à tous les espions et de les lui amener, tantôt lui reprochait de le faire, tantôt expulsait de Moscou tous les Français, tantôt y laissait Mme Aubert-Chalmet, centre de toute la colonie française, tandis que sans raison particulière il faisait arrêter et emmener en exil le vieux et respectable directeur des postes Klioutcharev ; tantôt rassemblait le peuple pour aller aux Trois Monts se battre contre les Français, tantôt, pour se débarrasser de ce peuple, lui livrait un homme à massacrer et filait lui-même par la porte de derrière ; tantôt disait qu’il ne survivrait pas au malheur de Moscou, tantôt écrivait dans des albums des vers français sur la part qu’il prenait à cette affaire – cet homme ne comprenait pas la signification de l’événement qui s’accomplissait, mais voulait seulement faire quelque chose, étonner quelqu’un, accomplir un acte d’héroïsme patriotique ; comme un gamin, il jouait avec l’événement grandiose et inéluctable qu’étaient l’abandon et l’incendie de Moscou, et de sa petite main s’efforçait tantôt d’activer, tantôt de freiner le cours de l’immense torrent populaire qui l’emportait avec lui..» (L..Tolstoï, La Guerre et la Paix, trad. E. Guertik, tome II, pp. 357-358).

Alors qu’il vient de décrire la guerre guerroyée – les Russes ont abandonné le champ d’honneur après la bataille de Borodino (7.septembre 1812) et les Français, conduits par leur brave Empereur, s’acheminent pour prendre Moscou – Tolstoï nous offre un tableau saisissant de ce que cette guerre provoque à l’arrière. Le comte Rostoptchine, le gouverneur militaire de Moscou, s’attelle avec fougue et abnégation à la défense de la ville. Depuis quelques mois déjà, il ne cesse de produire des affiches pour alerter la population des avancées de l’armée de Napoléon en Russie. Quand les événements s’enchaînent, il multiplie les actions. Elles ont beau se contredire les unes avec les autres, ce qui compte est le mouvement, l’agitation dirions-nous : il faut donner l’impression de faire, il ne convient surtout pas de demeurer inerte face à l’abandon de Moscou.

Moscou est, en effet, « déserte », un « événement invraisemblable » s’est produit.

Après Borodino, l’armée russe a décidé de ne pas défendre la ville et s’est retirée dans l’arrière-pays. Les habitants de la ville sont logiquement partis. De plus, des incendies commencent à ravager Moscou. Quand Napoléon entre en ville, il n’y a aucune députation pour l’attendre. Pourquoi ? Que se passe-t-il ? Aucune négociation n’est possible : « la question de savoir si l’on serait bien ou mal sous l’administration française à Moscou ne pouvait se poser. On ne pouvait vivre sous l’administration française ». Au nom de cet intraitable, les Moscovites abandonnent leurs biens, se dispersent hors de la ville, la désertent au sens propre du terme. Cette désertion de masse est commandée par le feld-maréchal Koutouzov, l’inventeur d’une stratégie de retraite face à l’avancée de la Grande Armée napoléonienne. « Inventeur » est probablement un nom trop fort, Koutouzov, en réalité, ne prononce presque pas de mots, il ne définit ni n’esquisse aucune stratégie. Il se moque même des stratèges. Koutouzov est présenté justement comme l’opposé de Rostoptchine. Si le gouverneur prêche l’action, Koutouzov se distingue par l’inaction. Si Rostoptchine est vif, énergique, Koutouzov s’endort pendant les conseils de guerre, marche d’un pas mal assuré, n’a aucune contenance sur un cheval, ne voit presque rien avec son seul œil. Il est toujours distrait, fatigué. Un feld-maréchal inactif est une figure, avouons-le, inhabituelle. Tolstoï semble prendre un plaisir particulier à décrire ce vieil homme. À travers lui, il veut surtout nous conduire à réfléchir aux attitudes à avoir face à l’événement. Quand un grand événement se produit, quand l’Histoire se matérialise, quand on la voit passer devant nous, pour reprendre les mots d’un Allemand célèbre, que faire ? En l’occurrence, il s’agit de savoir qui, entre Rostoptchine et Koutouzov, saisit l’événement. Le narrateur pose la question et donne la réponse. L’activisme du comte Rostoptchine n’est pas à la hauteur de ce qui se passe : le comte se pense comme un homme qui peut agir dans l’histoire, peut intervenir dans l’histoire, peut faire, alors que l’abandon, la désertion, le non-faire que « personnifie » Koutouzov, dans ce cas précis, sont, selon le narrateur, la seule réponse possible face à l’Histoire. «.Patience et temps.».: c’est en répondant en des termes « désœuvrés » à la question « Que faire ? » que Koutouzov élabore une stratégie victorieuse face à Napoléon.

Confinés chez nous pendant plus de deux mois, dans un autre type de « désert », au lieu de Camus et d’Agamben, nous avons préféré lire Tolstoï. Nous ne pensons pas que les événements récents soient saisis si nous en restons aux angoisses existentielles, si nous nous contentons de réfléchir à l’émergence d’un gouvernement par le mensonge consenti et à la pérennité, par ailleurs détestable, de l’état d’urgence. Du fait de l’enchaînement chronologique fortuit avec les mouvements sociaux de l’hiver, cette période nous pose d’abord de nombreuses questions de stratégie politique. La lutte n’est pas finie. Car, derrière le narcissisme des différents blogs ou journaux de confinement, derrière les justifications des interdictions et des traçages pour le salut de tous, derrière les données prétendument objectives énumérées par des experts en santé publique, en épidémiologie, en virologie, en microbiologie, en infectiologie, en n’importe quoi (s’il y a eu une grande victime durent cette période, c’est bien l’idée même d’objectivité – personne n’y croit plus), se trament encore des enjeux politiques. Et quelles sont les personnes qui ont été contraintes à continuer à se rendre sur leur lieu de travail, pour un salaire misérable ? Alors, bien sûr, on leur a promis des primes, mais à quelles conditions ! On leur a cédé une reconnaissance sociale, dit-on dans les médias, comme si un « merci » appliqué à un portrait souriant, tel qu’il est apparu sur la une d’un grand quotidien du Nord, pouvait suffire à faire d’eux des citoyens d’honneur. D’ailleurs, ils ont déjà disparu. Tout recommence enfin, se sont exclamés, soulagés, les commentateurs. Mais la hantise de la grève pointe déjà.

À notre grand étonnement, dans une conjoncture historique favorable à l’arrêt du système, à la grève justement, nous avons pu lire les affiches, les textes, les proclamations de divers Rostoptchine de l’époque moderne qui nous poussaient à « agir ».

Liberté, liberté... liberté ! Disaient-ils. Il est nécessaire d’agir. Contrer l’état d’exception. Manifester, se manifester. Sortir. Ne sommes-nous plus le « peuple des terrasses », se demandaient-ils, ébahis ? Et l’école, ce haut lieu de l’émancipation, pourquoi est-elle encore fermée ? C’est le destin de nos enfants qui est en jeu. Il est nécessaire, urgent, vital de recommencer la vie, fût-elle une vie inutile, sans sens, soumise à la loi de la valeur, la vie que nous connaissons avant l’irruption du virus. Nous avons dû lire des kilomètres de lignes de ces Rostoptchine indignés. Ils veulent se battre – par la plume, certes, n’exagérons pas non plus – ils s’agitent, ils nous invitent à bouger pour ne pas sombrer dans l’inactivité, dans le désert.

De tous les côtés, une agitation verbale, une surenchère analytique, une profusion vertigineuse de discours décrétant l’urgence de l’action. Ceux-là même qui dénoncent l’anormalité du pouvoir, l’état d’exception permanent, n’hésitent pas à répéter les mêmes slogans, les mêmes appels que les « décideurs », de ce côté-ci de la planète et de l’autre, qui œuvrent, sans vergogne et sans paravent désormais, pour la « Grande Restauration », la reprise et l’accélération du modèle économique et social qui dominait avant le confinement. Faut-il que reparte la « Bullshit Economy », s’interrogeait il y a un mois David Graeber ? Faut-il encore se vouer à «.ce secteur à la con.» constitués de « tous ces gens [managers, consultants en RH et télémarketing, administrateurs, gestionnaires…] dont le boulot, en somme, consiste à vous convaincre que leur boulot ne relève pas de l’aberration pure et simple ».? Tout est reparti bien sûr (Graeber n’était pas dupe), et les plans de relance, aussi miraculeux que la multiplication des pains, s’accompagnent d’autres plans, sans doute élaborés par ces mêmes consultants trop longtemps oisifs, plans de licenciement, de réorganisation, de modernisation… Et les menaces, les chantages abondent. Faut-il vraiment suivre les règles de cette économie à la con, et promouvoir sa propre agitation inutile ?

Être à la hauteur de l’événement aujourd’hui, dans ce monde humain que nous savons désormais déjà fini, n’est-ce pas plutôt faire comme Koutouzov, c’est-à-dire continuer à ne rien faire, radicaliser notre inactivité imposée ? Laissons Rostoptchine s’agiter et les consultants être aberrants.

Nous ne pouvons plus respirer dans ce monde à cause d’un virus, à cause de la pollution atmosphérique, à cause de la violence étatique, à cause d’une chaleur toujours plus oppressante, à cause de l’explosion de quelques engins ou d’une usine classée Seveso. Nous le savons tous et toutes. Nous vivons dans cette fin, dans le délai de cette fin. Ce n’est pas l’affaire de quelques prophètes. Tout le monde le voit, tout le monde le sait. C’est peut-être cela la nouveauté. L’épidémie en cours nous l’apprend d’une manière irréversible : nous vivons dans la catastrophe. La catastrophe n’est pas pour demain, comme nous le répètent nos dirigeants pour exiger de nous ce qu’il appelle « des adaptations » (gagner moins, travailler plus) ou pour nous culpabiliser sur nos habitudes. Nous y sommes. Cette fois-ci, c’est un virus qui révèle le désastre. C’est, en réalité, tout un système, social, politique, économique, moral, qui est en crise profonde, qui nous « étouffe ».

Pourquoi alors faire comme si de rien n’était ? Se battre, lutter, faire... Pour quoi ? Pour le monde de hier ? Pour les bouchons en ville ? Pour les métros bondés ? Pour un ciel pollué d’avions ? Pour une école qui depuis trente ans au moins n’est plus ascenseur de rien ? Pour mourir la face contre le sol sans air dans les poumons ? Pour quelques centimes d’euros d’aumône sur le salaire de ceux, parmi nous, qui ont été les plus exposés au virus ?

Malgré une production au ralenti, nous n’avons manqué d’aucun bien matériel pendant la crise. Le système « sur-produit » en toute évidence. Face à ce Napoléon, avançant toujours vers l’avant, produisant sans cesse, notre stratégie consistera-elle à lui opposer un autre activisme ?

Nous avions appelé à une « grève Charlot » quand le mouvement social a explosé en France avant l’épidémie. Nous croyons à la grève comme geste d’arrêt total, arrêt du système, de sa machine et machinerie. Il y a encore une leçon à tirer de ces mois passés (décidément, l’inaction se révèle riche de savoirs) : cette machine soi-disant incontrôlable peut cesser de se mouvoir, il suffit de le vouloir. Le confinement n’a-t-il pas réaffirmé indirectement la puissance politique de la grève, à laquelle peu croyaient encore ?

Continuer à ne rien faire, après l’épidémie, veut dire continuer cette grève, la radicaliser, car cette fois-ci l’événement concerne véritablement tout le monde. Au lieu de crier au scandale pour la perte de notre chère liberté, nous devons saisir l’occasion, saisir le temps. « Temps et patience ». C’est cela une pensée stratégique. Nous devons transformer le confinement en une grève. En sachant que seule une grève – arrêt total de tout, arrêt d’un monde – peut nous sauver. Toute activité est désormais inutile, voire criminelle.

Retirons-nous pour ne pas participer malgré nous (en les contestant) aux grands raouts qui commencent ou se profilent, organisés par tous les corps institués (États, partis, médias) pour réfléchir au monde d’après, pour ne pas prendre part involontairement au contrôle social, en retrouvant les fameux décrocheurs, « perdus » pour l’institution scolaire, qui les perçoit comme des ombres inquiétantes irrécupérables, pour ne pas céder du terrain, des formes et des moments de vie, des gestes sans valeur marchande, que le capitalisme de captation tentera de piétiner peu à peu, pour sortir de l’hédonisme consumérisme qu’on teinte de convivialité et d’être-ensemble. Écoutons le président Macron et suivons littéralement sa foireuse métaphore belliqueuse. N’a-t-il pas dit qu’en ne faisant rien dans «.l’arrière-front, nous aidions à la victoire.» ? Eh bien, prenons-le aux mots, mais inversons les lignes. Luttons par l’inaction.

Il ne sert à rien d’imaginer des actes positifs, ou pire héroïques, pour contrer l’Histoire. Nous prônons plutôt l’évitement, l’esquive. Nous nous ne battons pas pour un contre-pouvoir, mais pour affirmer le vide du pouvoir. Comme Koutouzov, nous reculons. Nous reculons car le capitalisme continuera à avancer et les marchés de la distance (télé-enseignement, télé-médecine, télé-consulting, télé….) s’ouvrent à cause de cette épidémie. Mais nous ne réfugions pas dans des cabanes en forêt, tels des ermites ou des utopistes. Nous disparaissons du jeu, mais nous sommes là, prêts à ne rien faire. Se retirer fait partie de la guerre, comme nous l’a appris un autre grand général déserteur, Spartacus. C’est parce qu’il ne cessa de se retirer dans son errance désœuvrée, ne voulant rien mais exigeant tout, que le pouvoir de l’oligarchie romaine vacilla, et c’est parce qu’il fut contraint par ses compagnons à la lutte frontale qu’il fut vaincu, nous enseigne Plutarque. L’inaction est dangereuse, car elle n’est pas privative, car elle fait sentir la pulsation infinie du monde. C’est dans l’inaction que se perçoit la multitude des formes d’existence, que s’invente d’autres mondes. L’inaction est intolérable pour le pouvoir. Personne n’en veut, ni les Empereurs, ni les Etats-majors, ni les Rostoptchine, ni les experts, ni le médias. Contre ceux-ci, nous devenons des soldats de l’échec. Un échec néanmoins gagnant.

Qui a arrêté la marche triomphale de Napoléon, sans toutefois gagner ? Qui arrêtera l’épouvantable restauration en acte ?

La retraite devient, en effet, la stratégie de la victoire. Aussi l’arrêt de la production/destruction est-il un geste politique, autonome. Ce n’est plus un pouvoir mort qui nous confine. C’est nous qui décidons d’arrêter tout. Seuls repartent joyeusement au travail ceux pour qui vivre signifie combler sans cesse un manque, pour qui l’inaction est une puissance privative, est synonyme d’impuissance, comme ces créateurs et ces savants qui ont souffert de ne pas produire de la valeur, à la manière d’un manager qui n’a pu produire ses rapports. Nous, nous continuons à lire et à écrire, à faire du jardinage, nous jouons aux échecs avec nos enfants, faisons sortir nos vieux des Ephad. Nous tissons d’autres liens sociaux, comme ceux créées par les brigades de secours populaire, d’autres manières d’exister. Alors que le pouvoir nous invite à faire, à dépenser, à être comme avant, nous choisissons de ne rien faire. Nous sauvons le monde et nos vies. Imaginez un peu la tête des commentateurs politiques, imaginez un peu la tête des ministres, comme Mme Pénicaud qui nous supplie de dépenser rapidement l’argent économisé pendant le confinement, imaginez un peu la tête des patrons et de leurs managers, des consultants zélés, des administrateurs et autres comptables, si personne ne participe à l’effort de la « reprise ». Une gigantesque grève de l’existence paralysant tout, continuant de paralyser tout. Imaginez un peu leur tête, à tout ce beau monde du Fouquet’s, à ces représentants de la fantoche « start-up nation », à tous les productivistes, si on continue à ne rien faire...

Ils ressembleront à ce pauvre bougre de Napoléon quand il entra à Moscou et ne trouva personne. Son armée ne put même pas faire sa belle marche triomphale, comme à l’accoutumée. Une terrible situation l’accabla : le « ridicule ». Existe-t-il une arme plus puissante contre les puissants ? Une armée conquérante, après des mois de combats acharnés, s’empare d’une ville, mais personne n’est là ! Son chef n’a droit à aucun acte de soumission. C’est alors que Napoléon perd tout le génie militaire qui l’a rendu immortel, que sa fameuse armée cesse d’être une horde compacte et devient un ramassis de brigands. De l’autre côté, en revanche, les Russes, dans cette stratégie de l’évitement, redeviennent un peuple. Un peuple en lutte. En effet, la stratégie de Koutouzov est la conséquence de la volonté farouche qui émerge anonymement, sans raison, sans déclaration, des viscères de tout un peuple.

Nous aussi, en continuant notre exil, en radicalisant notre non-faire, nous redevenons un peuple, un peuple-Chveik, un peuple de l’insoumission, non négociable, du refus absolu.

Après les incendies de Moscou et le départ définitif des Français, des bandes s’organisent pour harceler la Grande Armée durant sa fuite. Denisov, Dolochov sont des silhouettes d’anciens maquisards. Ce sont les chefs d’une guerre partisane, les premiers exemples héroïques d’une guerre de libération. Des formes de « résistance » s’organisent aujourd’hui aussi, face à la stupidité et la nocivité du pouvoir. Mais, comme Koutouzov, nous espérons sortir de la dialectique ami/ennemi, pouvoir/contre-pouvoir. Koutouzov ne veut jamais attaquer, il doit se battre contre ses généraux aspirant à la gloire. Arrêtez-vous, ce n’est pas la peine. Ne cherchez pas la guerre. Nous sommes là. Un point c’est tout. Koutouzov comprend que la victoire découlera de cette détermination. C’est une détermination issue de la volonté terrible de tout un peuple : le peuple se manifeste dans ce refus même. Plus précisément : c’est ce refus qui crée le peuple.

Afin de caractériser ce refus, d’expliquer le geste de retraite des Russes, Tolstoï parle d’un « acte négatif » qui a réuni le peuple et chassé les Français. C’est un mot admirable. Koutouzov est, malgré lui, malgré ses galons, un nom de cette stratégie destituante.

Dans ce temps-ci, il y a une prolifération de ce genre d’« actes négatifs » en dépit de toutes les injonctions du pouvoir à se mobiliser, malgré tous les Rostoptchine. Un peuple/non peuple s’esquisse même. Il n’a aucune intention de participer aux tentatives de restauration. Il est prêt à s’éloigner, à déserter, pour tenter de vivre encore, vraiment. Camarades, continuons à nous démobiliser.



Octave Mirbeau,
avec des Gilets Jaunes d’Ile-de-France
Alors que le second tour des élections municipales vient d’essuyer une défaite historique face au parti de l’abstention, des gilets jaunes d’Ile-de-France nous ont transmis ce très beau remix d’un classique de la subversion.

Une chose m’étonne prodigieusement – j’oserais dire qu’elle me stupéfie – c’est qu’à l’heure du déconfinement où j’écris, après les innombrables expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre chère France un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, ce « mougeon » qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu’un ou de quelque chose. Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n’est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ?
Où est-il le Balzac qui nous donnera la physiologie de l’électeur moderne ? Le psy qui nous expliquera l’anatomie et les mentalités de cet incurable dément ? Nous l’attendons. La suite…



« Il n’est pas de témoignage de civilisation qui ne soit en même temps
un témoignage de barbarie. »
Walter Benjamin


Alain Brossat
L’épouvantable restauration globale
Dès les premiers instants du déconfinement et de l’allègement des dispositifs de sécurité destinés à endiguer la pandémie, sont apparues les premières manifestations d’une restauration globale des formes antérieures, de toutes ces structures et activités mortifères suspendues par l’extension de l’épidémie à l’échelle mondiale.
Cette restauration intervient dans un climat bien particulier : celui où, à l’épreuve des effets de la paradoxale qualité suspensive de ce désastre, tout un chacun(e) a eu le loisir de se rendre à l’évidence que la pire des choses serait qu’à son issue, les choses reprennent "comme avant". Le ciel s’est dégagé, la pollution atmosphérique des grandes villes a considérablement diminué, la pollution sonore aussi, les oiseaux sont revenus, l’horreur répétitive du réveil matinal enchaînant sur la fatigue des transports (n’eût été l’interdiction faite au déplacement en vélo, hormis pour se pourvoir en biens de première nécessité, nous eussions pu renouer avec ce mode de déplacement, d’autant que les routes étaient alors désertées par les voitures) et la monotonie du boulot s’est interrompue suffisamment longtemps pour que ceux-celles qui y sont astreints puissent rêver sérieusement d’un plus jamais ça... Les têtes bien faites à la Bruno Latour ont expliqué que c’était maintenant ou jamais : si le suspens imposé par l’épidémie dont les interactions avec le réchauffement climatique sont criantes n’était pas l’occasion de bifurquer radicalement vers une autre économie, l’abandon du productivisme à tout crin, du culte de la croissance, de l’extractivisme forcené, des modes de vie indexés sur la circulation automobile et les échanges aériens (etc.) - alors ce ne serait jamais. La suite…




« La Conquête, ce premier chapitre de l’histoire coloniale européenne,
a transformé le monde récemment conquis en une chambre
de tortures. »
Walter Benjamin
Enzo Traverso : Les déboulonneurs de statues
n’effacent pas l’histoire, ils nous la font voir plus clairement
Dans le sillage du mouvement global contre le racisme et les violences policières né en réaction au meurtre de George Floyd par un policier blanc de Minneapolis, de nombreuses statues symbolisant l’héritage de l’esclavage et de la colonisation ont été prises pour cible un peu partout dans le monde. En France l’actualité a ainsi été marquée ces derniers jours par l’action menée par la Brigade Anti-Négrophobie contre la statue de Colbert devant l’Assemblée Nationale. Dans cet article, traduit du site Jacobin, Enzo Traverso soutient que la vague iconoclaste à laquelle nous assistons, loin de nier le passé, est au contraire porteuse d’une « nouvelle conscience historique » qui vise à libérer le passé du contrôle des oppresseurs.
L’anti-racisme est une bataille pour la mémoire. C’est l’une des caractéristiques les plus remarquables de la vague de protestations qui a déferlé sur le monde après l’assassinat de George Floyd à Minneapolis. Partout, les mouvements antiracistes ont remis le passé en question en ciblant des monuments qui symbolisent l’héritage de l’esclavage et du colonialisme : le général confédéré Robert E. Lee en Virginie ; Theodore Roosevelt à New York ; Christophe Colomb dans de nombreuses villes américaines ; le roi belge Léopold II à Bruxelles ; le marchand d’esclaves Edward Colston à Bristol ; Jean-Baptiste Colbert, ministre des finances de Louis XIV et auteur du tristement célèbre Code noir en France ; le père du journalisme italien moderne et ancien propagandiste du colonialisme fasciste, Indro Montanelli, etc. La suite…



« La police n’a pas d’autorité. Normal : vous avez vu dans quoi
ils roulent et comment ils sont habillés ? »
Alphonse Allais
Jérémy Rubenstein
À quoi ressembleraient les « good cops » de Mélenchon ?
Parmi les critiques les plus molles de l’institution policière, on entend ces derniers temps des termes tels que « désescalade » (devenu un mot journalistique aussi utilisé que peu défini) ou celui de « désarmement » prononcé par Jean-Luc Mélenchon et bruyamment commenté. Cette agitation amène à se demander quel type de police la gauche parlementaire souhaite ou préconise, quelle serait la police prônée par La France Insoumise.?
Pour trouver ces good cops, on peut certes aller sur leur site pour y trouver un petit fascicule intitulé «.Sécurité et retour à la raison.».[1]. Mais lire un programme de parti politique a rarement beaucoup d’intérêt, si ce n’est pour mesurer la distance que prend ce même parti une fois au pouvoir.; et encore, l’exercice n’intéressent que ceux qui y ont cru. Cependant, les logiques de «.désescalade.» et «.désarme-ment.» se trouvent au cœur d’un épisode assez oublié de la Guerre d’Algérie, celui des «.commandos noirs.» qui, en 1956, ont été piloté par le colonel Roger Barberot et Jean-Jacques Servan-Schreiber sous la direction du général Pâris de La Bollardière. Donc, plutôt que d’interroger des niaiseries de communicants, tels que «.une sécurité citoyenne.» ou «.agir en bon ordre.» et autre «.ordre public et vertu civique », dont l’enquête promet d’être vite lassante, je vous propose de revenir sur cette expérience des «.commandos noirs.». Nous pourrons alors estimer si elle résonne avec les vœux affichés des «.insoumis.». Nous nous demanderons aussi en quoi l’expérience s’insère totalement dans la logique contre-insurrectionnelle malgré ses effets si évidemment opposés aux applications mises en œuvre par les autres officiers français (Massu, Bigeard, Argoud, Aussaresses, etc.). La suite…


« Rappelez-vous que le pouvoir des gens d’en-haut dépend
de l’obéissance des gens d’en bas. Quand ceux-là cessent d’obéir,
les autres n’ont plus de pouvoir. »
Howard Zinn

Combattre l’ennemi dans ses plans.
À propos de La société ingouvernable, de G. Chamayou
Beaucoup des impasses de la pensée et de la pratique révolutionnaires d’aujourd’hui tiennent à leur caractère réactif. Nous nous mobilisons contre les politiques néolibérales, contre les écocides, contre les violences policières, etc. Il est certain que dans ces luttes s’inventent de nouvelles manières d’être, des collectifs et des idées qui dépassent de loin la politique réactive. Cependant, ces nouveaux modes de mobilisation arrivent toujours trop tard. L’échec des derniers mouvements sociaux (contre la réforme de la SNCF, contre la réforme du lycée et Parcoursup, contre la réforme des retraites) rend cela par trop évident. On en arrive à défendre des institutions, comme l’école, l’hôpital ou le droit du travail, au nom de principes qui sont démentis par la manière dont ces institutions fonctionnent déjà… Nous ne sortons pas du cycle de la défaite, parce que nous arrivons toujours trop tard.
Le dernier livre de Grégoire Chamayou expose avec brio les raisons de ce retard : c’est que ceux qui détiennent les manettes économiques et politiques s’activent sans cesse pour avoir un coup d’avance, et ainsi conserver un avantage stratégique dans les luttes sociales. En relatant les conflits, réflexions et débats qui ont contribué, aux États-Unis, entre les années 1950 et 1980, à forger l’ordre politico-économique actuel, ce livre est une pièce essentielle pour faire une histoire de la lutte des classes lors des dernières décennies, plus précisément une histoire stratégique de la lutte des classes vue d’en haut. La suite…




« Lorsque les crimes commencent à s’accumuler, ils deviennent invisibles.
Lorsque les souffrances deviennent insupportables, les cris ne sont plus
entendus. Les cris, aussi, tombent comme la pluie en été. »
Bertolt Brecht
Freddy Gomez
La vie comme elle balance
Dans l’ombre de l’incertain - Le temps du confinement restera comme celui où la mort, réelle ou fantasmée, fut au rendez-vous de la banalité des jours. Comme celui où les soignants, héros du peuple de la Macronie nécrophage, furent applaudis chaque soir de ce drôle de printemps. Comme celui où, dans le plus parfait chaos, on nous dit que les masques ne servaient à rien, puis servaient, puis on ne sait plus. Comme celui où, constamment minoré, le décompte des victimes métronomisait nos temporalités confinées. Comme celui où, du fond de nos confortables ou inconfortables cavernes, télétravaillant ou pas, nous prenions de nos nouvelles pour ne pas cesser de faire communauté humaine. Comme celui où, lassées de tout attendre d’un État dont on ne pouvait attendre que le pire, des initiatives naquirent de nos envies de n’être pas complètement asservis au non-maîtrisable. Comme celui où des regroupements virtuels, mais réellement opérant, brisèrent le mur des solitudes en s’inventant des lendemains possibles. Comme celui où, dans le bleu nuit des ciels couchants, une lune souvent rieuse semblait nous indiquer le chemin des ardeurs à reconquérir. La suite…




« pessimisme de la raison, optimisme de la volonté » Antonio Gramsci
Pascal Dumontier
Fracture
Nous traversons maintenant ce paysage dévasté par la guerre qu’une société livre contre elle-même, contre ses propres possibilités. Avec la crise liée à l’apparition et la propagation fulgurante du virus du Covid-19, c’est la réalité de cette guerre qui ne pourra plus être longtemps ignorée. Issu sans aucun doute des conditions générales d’un monde naturellement et socialement dégradé, ce virus dans sa manifestation se fait le révélateur ultime d’une crise plus globale qui nous met en demeure de la surmonter sous peine de sombrer purement et simplement. Ce n’est pas « la nature qui se révolte » évidemment, mais la pratique réelle des hommes dans la transformation de celle-ci qui aboutit à ce triste résultat. Ce qui avait cependant été aperçu très tôt comme le reniement achevé du vivant n’est malheureusement pas, ou si peu, remis en question. Cet aveuglement idéologique sur l’origine de la crise renforce le processus d’autodestruction de la civilisation capitaliste mondialisée. Toute idéologie est essentiellement paranoïaque. Elle le devient visiblement à la phase décadente des civilisations quand elle commence à interpréter follement les problèmes qu’elle engendre elle-même, de plus en plus vite, et qu’il apparaît clairement qu’elle préfère détruire le monde plutôt que renoncer à son système. En ce sens, nous entrons bel et bien désormais dans la phase crépusculaire du capitalisme. La suite…


« Une pomme par jour éloigne le médecin,
pourvu que l’on vise bien.
» Winston Churchill
Soignants :
une « grande famille ». Vraiment ?
L’appellation fourre-tout de soignants masque des rapports de classe, de pouvoir, de hiérarchie et de fortes disparités de revenus et d’intérêts. Opinions recueillies dans les manifestations du 16 juin et du 30 juin.

« Blouse bleue ou blanche… Dans l’hôpital, ça dépend comment on est habillé. Les médecins ? Ils ne savent même pas qu’on existe… Nous les agents hospitaliers, plombiers, chauffagistes, menuisiers, mécaniciens s’occupant des lits, agents d’accueil, ils ne nous disent pas bonjour. Sauf quelques-uns, parce que ça fait 20 ans qu’on est là et qu’ils ont eu un jour quelque chose à nous demander… On est les héros du quotidien quand on a besoin de nous. Le reste du temps, on est des zéros. On nous considère comme des merdes. Mais bon, on est habitués… », lâchent Fabrice et Didier, électriciens et plombiers au CHU de Nantes, que leur blouse bleue désigne comme les prolos de l’hosto. « Mais s’il y a dans les mois qui viennent un retour de la pandémie, cette fois là on ne se fera pas prendre. On utilisera les droits de retrait… »

Entre le mépris de classe, la flatterie récente et la mesquinerie du versement des primes promises, l’amertume est imprégnée d’une certaine rage. La suite…



« Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre,
et l’assujettissez  ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel,
et sur tout animal qui se meut sur la terre. »
Genèse 1.28
Charles Stepanoff
Comment en sommes-nous arrivés là ?
D'où vient notre rapport particulier à la nature ? Quel est le rôle de la domestication des plantes et des animaux dans l'avènement de l'État ? Avec les ressources de l'ethnographie, de l'archéologie et de l'anthropologie, et en s'attaquant au livre plébiscité de James C. Scott, Homo domesticus, Charles Stépanoff vient déconstruire et complexifier l'histoire simplificatrice de la domestication comme réalité homogène et inchangée depuis la Préhistoire.
La crise écologique globale a ramené au cœur du débat les grandes questions des origines que le structuralisme avait rendues désuètes : d’où vient notre rapport particulier à la nature ? Comment ont émergé nos économies et nos modes de vie ? L’humanité est-elle vouée depuis son apparition  à détruire son milieu vital ? La notion d’Anthropocène vient insérer les dévastations écologiques actuelles dans une perspective de long terme qui renvoie les contemporains aux vastes échelles temporelles de la géologie et de la préhistoire. Les enjeux graves et immédiatement politiques de ces questions leur ont donné un tour souvent imprécatoire. De nouveaux récits se constituent dans lesquels on montre du doigt les ancêtres responsables des désastres actuels. La ressemblance avec les grands mythes et les récits religieux de la chute originelle est frappante. Cette quête des commence-ments amène à regarder les sociétés anciennes qui nous ont précédés, les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, les premiers fermiers néolithiques, non pas dans la logique spécifique de leur monde mais en tant qu’annonciateurs et précurseurs de notre monde à nous. Nous collectons dans la préhistoire et l’histoire les signes avant-coureurs de notre destinée.  La suite…

POLICE RÉPUBLICAINE DÉGUISÉE EN NERVIS OU VICE ET VERSA ?

FLIC OU VOYOU ? UNE PETITE SOCIOLOGIE DE LA POLICE. Ce texte est avant tout une réflexion sur les violences commises par ce que nous nommerions génériquement les forces de l’ordre en certaines occasions : manifestations et interpellations. Cependant, au-delà de ces quelques réflexions, se posent les questions de la formation de ces mêmes forces et de la finalité visée par cette formation et leurs interventions. Suite…


« Der Pegel des Stumpfsinns steigt », écrit Thomas Bernhard. « L’échelle de la débilité augmente ». « Stupidité » pour «.Stumpfsinn » me paraît faible, surtout dans la bouche de Bernhard qui l’emploie assez souvent, aussi l’adjectif «.stumpfsinnig ». « L’échelle de la débilité augmente » signifie qu’elle prend une ampleur chaque jour nouvelle et qu’elle s’étend à des domaines et des niveaux où elle n’existait pas ou en tout cas ne se montrait pas. Au sommet de l’Etat par exemple. La débilité qui consiste à dire tout et son contraire chez Macron et ses laquais. La débilité extrême de plus en plus de dirigeants comme Trump s’inscrit dans un processus global – un changement de civilisation ? – où les gens veulent bien être dirigés mais de préférence par des débiles mentaux qui soi-disant leur ressembleraient, se produit ce qu’on pourrait appeler une débilisation du monde et des esprits du bas jusqu’en haut de la société, l’échelle de la débilité est en train de se confondre avec l’échelle sociale, il faut que tout le monde soit plus ou moins débile, c’est-à-dire membre des réseaux mondiaux qui sont les voies de communication et d’expression de la débilité individuelle et collective –, si tu n’es pas débile – comme chanteur, écrivain, intellectuel, politicien, journaliste, etc. – alors tu n’es tout simplement pas crédible, et donc tu n’existes pas, plus tu es débile, plus tu progresses dans l’échelle sociale (des débiles), plus tu montes vers le sommet où trône l’empereur des débiles. Il y a une offensive générale de la débilité absolue contre toute forme de raisonnement et de vérité qui pourrait être le fruit d’une réflexion longue et construite (d’où le programme de destruction de l’université et des instituts de recherche « à l’ancienne », c’est-à-dire d’avant le règne de la débilité). Le débile assène débilité après débilité, la rapidité de son expression est essentielle, d’où l’existence des chaînes dites d’information qui n’ont qu’une seule raison d’être, celle d’alimenter en permanence les cervelles disponibles en débilités nouvelles et donc excitantes, génératrices de nouvelles débilités, etc. Il faut quand même préciser que les maîtres de la débilité moderne sont en majorité au sommet de l’échelle sociale-débile, l’échelle de la débilité monte (c’est aussi comme ça qu’on peut traduire le verbe steigen utilisé par Bernhard), il semble que la débilité soit avant tout l’arme de puissants leur servant à maîtriser et écraser les faibles, d’où le fait que les puissants seront de mieux en mieux formés en matière de débilité, toujours plus rapides, toujours plus performants, et plus personne de disons normal ou non-formé (mais est-ce que cela existe encore après un siècle de mass-médias et une accélération due aux réseaux dits sociaux et aux chaînes dites d’information, j’ai des doutes) ne pourra plus concourir avec eux, ils seront les maîtres du monde pour l’éternité, une éternité de débilité toujours croissante. » Laurent Margantin



MÉDIACRATIE, PROPAGANDA & INFAUX
« C’est un fait absolument incontestable que, sans une liberté illimitée de la presse, sans une liberté absolue de réunion
et d’association, la domination des larges masses populaires est inconcevable. »
Rosa Luxemburg

INTÉRIEUR
Hommage à Maurice Rajsfus – citations

Nécro-icônes, ou la mort en vidéo

Crise démocratique : 40% des électeurs ont tout de même voté

La droite française découvre avec stupeur la tolérance zéro

Communiqué de presse de l’UJFP, partie civile au procès
Zemmour du 1er juillet 2020

Tout le monde a peur de la police, même Castaner
EXTÉRIEUR
Beaucoup s'en attribueront le mérite, mais voilà la véritable raison
pour laquelle Netanyahou a retardé son plan d'annexion

23 ans après la rétrocession, la loi sur la sécurité de la Chine à Hong Kong

Pourquoi le New York Times raconte-t-il que les Russes offrent
des primes aux Talibans pour tuer des Américains ?

« Nous serons les complices de toute insurrection visant à mettre à mal
le suprémacisme blanc »

Selon un rapport, la Chine stériliserait de force des Ouïghours

LE LIBÉRALISME EST UN FASCISME
Benito Mussolini, qui n’est pas la personne la plus mal placée pour nous donner une définition du fascisme, définit celui-ci en ces termes.: « Le Fascisme devrait plutôt s’appeler Corporatisme, puisqu’il s’agit en fait de l’intégration des pouvoirs de l’État et des pouvoirs du Marché. » Une définition qui s’applique parfaitement à ce que sont nos prétendues “Démocraties”.

Articles des numéros précédents ICI
Ébauche d’un Lexique de la classe dominante
Dernier livre en téléchargement : Appel au socialisme de Gustav Landauer

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Parution le vendredi en fin de journée - N°547
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