K I O S Q U E N E T
« Ce monde n’est je vous l’assure qu’une immense entreprise à se foutre du monde. » Céline



« Je ne suis pas certain que ça ira mieux si ça change,
mais je suis certain qu’il faut que ça change pour que ça aille mieux. »
Lichtenberg



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« De tout temps les hommes, pour quelque morceau de terre de plus ou de moins, sont convenus entre eux de se dépouiller, se brûler, se tuer, s’égorger les uns les autres ; et pour le faire plus ingénieusement et avec plus de sûreté, ils ont inventé de belles règles qu’on appelle l’art militaire ; ils ont attaché à la pratique de ces règles la gloire ou la plus solide réputation ; et ils ont depuis renchéri de siècle en siècle sur la manière de se détruire réciproquement. » Jean de La Bruyère

Simone Weil

Réflexions sur la barbarie

- 1939 -

         Bien des gens aujourd’hui, émus par les horreurs de toute espèce que notre époque apporte avec une profusion accablante pour les tempéraments un peu sensibles, croient que, par l’effet d’une trop grande puissance technique, ou d’une espèce de décadence morale, ou pour toute autre cause, nous entrons dans une période de plus grande barbarie que les siècles traversés par l’huma­nité au cours de son histoire. Il n’en est rien. Il suffit, pour s’en convaincre, d’ouvrir n’importe quel texte antique, la Bible, Homère, César, Plutarque. Dans la Bible, les massacres se chiffrent généralement par dizaines de milliers. L’extermination totale, en une journée, sans acception de sexe ni d’âge, d’une ville de quarante mille habitants n’est pas, dans les récits de César, quelque chose d’extraordinaire. D’après Plutarque, Marius se promenait dans les rues de Rome suivi d’une troupe d’esclaves qui abattaient sur-le-champ quiconque le saluait sans qu’il daignât répondre. Sylla, imploré en plein Sénat de bien vouloir au moins déclarer qui il voulait faire mourir, dit qu’il n’avait pas tous les noms présents à l’esprit, mais qu’il les publierait, jour par jour, à mesure qu’ils lui viendraient à la mémoire. Aucun des siècles passés historiquement connus n’est pauvre en événements atroces. La puissance des armements, à cet égard, est sans importance. Pour les massacres massifs, la simple épée, même de bronze, est un instrument plus efficace que l’avion.

     La croyance contraire, si commune à la fin du XIXe siècle et jusqu’en 1914, c’est-à-dire la croyance en une diminution progressive de la barbarie dans l’humanité dite civilisée, n’est, me semble-il, pas moins erronée. Et l’illusion en pareille matière est dangereuse, car on ne cherche pas à conjurer ce qu’on croit être en voie d’extinction. L’acceptation de la guerre, en 1914, a été ainsi rendue bien plus aisée ; on ne croyait pas qu’elle pût être sauvage, faite par des hommes que l’on croyait exempts de sauvagerie. Comme les personnes qui répètent sans cesse qu’elles sont trop bonnes sont celles dont il faut attendre, à l’occasion, la plus froide et la plus tranquille cruauté, de même, lorsqu’un groupement humain se croit porteur de civilisation, cette croyance même le fera succomber à la première occasion qui pourra se présenter à lui d’agir en barbare. À cet égard, rien n’est plus dangereux que la foi en une race, en une nation, en une classe sociale, en un parti. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus avoir dans le progrès la même confiance naïve qu’ont eue nos pères et nos grands-pères ; mais à la barbarie qui ensanglante le monde nous cherchons tous des causes hors du milieu où nous vivons, dans des groupements humains qui nous sont ou que nous affirmons nous être étrangers. Je voudrais proposer de considérer la barbarie comme un caractère permanent et universel de la nature humaine, qui se développe plus ou moins selon que les circonstances lui donnent plus ou moins de jeu.

     Une telle vue s’accorde parfaitement avec le matérialisme dont les marxistes se réclament ; mais elle ne s’accorde pas avec le marxisme lui-mê­me, qui, dans sa foi messianique, croit qu’une certaine classe sociale est, par une sorte de prédestination, porteuse et unique porteuse de civilisation. Il a cru trouver dans la notion de classe la clef de l’histoire, mais il n’a jamais même commencé à utiliser effectivement cette clef ; aussi bien n’est-elle pas utili­sable. Je ne crois pas que l’on puisse former des pensées claires sur les rapports humains tant qu’on n’aura pas mis au centre la notion de force, comme la notion de rapport est au centre des mathématiques. Mais la première a besoin, comme en a eu besoin la seconde, d’être élucidée. Ce n’est pas aisé.

     Je proposerais volontiers ce postulat : on est toujours barbare envers les faibles. Ou du moins, pour ne pas nier tout pouvoir à la vertu, on pourrait affirmer que, sauf au prix d’un effort de générosité aussi rare que le génie, on est toujours barbare envers les faibles. Le plus ou moins de barbarie diffuse dans une société dépendrait ainsi de la distribution des forces. Cette vue, si on pouvait l’étudier assez sérieusement pour lui donner un contenu clair, permet­trait au moins en principe de situer toute structure sociale, soit stable, soit passagère, dans une échelle de valeurs, à condition que l’on considère la barbarie comme un mal et son absence comme un bien. Cette restriction est nécessaire ; car il ne manque pas d’hommes qui, soit par une estime exclusive et aristocratique de la culture intellectuelle, soit par ambition, soit par une sorte d’idolâtrie de l’Histoire et d’un avenir rêvé, soit parce qu’ils confondent la fermeté d’âme avec l’insensibilité, soit, enfin, qu’ils manquent d’imagination, s’accommodent fort bien de la barbarie et la considèrent ou comme un détail indifférent ou comme un instrument utile. Ce n’est pas là mon cas ; ce n’est pas non plus, je suppose, le cas de ceux qui lisent cette revue.

     Pour entrevoir une telle relation entre la carte des forces dans un système social et le degré de la barbarie, il faut considérer cette dernière nation un peu autrement que ne le fait la foule. La sensibilité publique ne s’émeut…

     Hitler n’est pas un barbare, plût au ciel qu’il en fût un ! Les barbares, dans leurs ravages, n’ont jamais fait que des maux limités. Comme les calamités naturelles, en détruisant, ils réveillent l’esprit rappelé à l’insécurité des choses humaines ; leurs cruautés, leurs perfidies, mêlées d’actes de loyauté et de générosité, tempérées par l’inconstance et le caprice, ne mettent en péril rien de vital chez ceux qui survivent à leurs armes. Seul un État extrêmement civilisé, mais bassement civilisé, si l’on peut s’exprimer ainsi, comme fut Rome, peut amener chez ceux qu’il menace et chez ceux qu’il soumet cette décomposition morale qui non seulement brise d’avance tout espoir de résistance effective, mais rompt brutalement et définitivement la continuité dans la vie spirituelle, lui substituant une mauvaise imitation de médiocres vainqueurs. Car seul un État parvenu à un mode savant d’organisation peut paralyser chez ses adversaires la faculté même de réagir, par l’empire qu’exerce sur l’imagination un mécanisme impitoyable, que ni les faiblesses humaines ni les vertus humaines ne peuvent arrêter dès qu’il s’agit de saisir un avantage, et qui utilise indifféremment à cette fin le mensonge ou la vérité, le respect simulé ou le mépris avoué des conventions. Nous ne sommes pas en Europe dans la situation de civilisés qui luttent contre un barbare, mais dans la position bien plus difficile et plus périlleuse de pays indépendants menacés de colonisation ; et nous ne ferons pas utilement face à ce danger si nous n’inventons pas des méthodes qui y correspondent.

ALAIN SUPIOT
LA GOUVERNANCE PAR LES NOMBRES 1/8



Oublier l’hegemon I
Vers de nouvelles alliances judéo-arabes
La peur, l’hystérie — Quand on parle de ce qui s’est passé, se passe et se passera —.dans l’hypothèse où le futur n’est pas radicalement hypothéqué —.en Israël/Palestine, on met le plus souvent deux termes en regard.: les Juifs, les Arabes.— palestiniens et/ou autres.; ou encore les juifs, les musulmans, selon que le «.conflit.» est pensé en termes nationaux ou religieux. Les autres instances (l’Europe, les États-Unis) sont abordées le plus souvent comme des arbitres, des observatrices plus ou moins bienveillantes, plus ou moins investies, plus ou moins mal à l’aise. Et, bien sûr, toujours désintéressées. Ces instances occupent la position du tiers raisonnable qui assume la tâche de la médiation et de la facilitation entre ces enfants impossibles que seraient les Juifs et les Arabes, les juifs.[2] et les musulmans, les Israéliens et les Palestiniens. La suite…
Noam Chomsky : « J’ai visité Lula,
le prisonnier politique le plus célèbre du monde. »
Les prisons rappellent la célèbre observation de Tolstoï sur les familles malheureuses.: chacune «.est malheureuse à sa manière.», bien qu’il y ait quelques traits communs —.pour les prisons, la prise de conscience déprimante et accablante que quelqu’un d’autre a une autorité totale sur votre vie.
Mon épouse Valeria et moi venons de visiter une prison pour voir celui qui est sans doute le prisonnier politique le plus en vue de notre époque, une personne d’une importance sans équivalent dans la politique mondiale contemporaine.
En comparaison avec les prisons américaines que j’ai pu voir, la prison fédérale de Curitiba, au Brésil, n’est ni répugnante ni étouffante —.mais la barre n’est pas placée bien haut. Rien de comparable avec les quelques-unes que j’ai visitées à l’étranger. La suite…

Saïd Bouamama : “Sans la lutte anti-impérialiste, le combat pour l’accueil des réfugiés est incomplet”

Pasolini, ce communiste poétique et solitaire

Arabie Saoudite/Russie, deux poids deux mesures !

De Mohammed al-Durrah à Nassir al-Mosabeh :
une même ligne sanglante


Le principal fournisseur d’armes
de l’Égypte ? La France


La « loi de l’offre et de la demande »
sert surtout à justifier les inégalités

Le meurtre ignoble de Jamal Khashoggi
illustre la sauvagerie et la stupidité
des dirigeants saoudiens

Que devient l'ex-patronne du Medef
Laurence Parisot ?


Royaume-Uni : le Labour aux portes du pouvoir ?

Les États-Unis et les armes bactériologiques…
À vomir : « Pôle emploi organise
des recrutements inspirés de The Voice »


Appels sans suite (2)

L’Aquarius à quai et nos consciences avec


Brésil : Les ravis de la crèche

Vidéo - Denis Robert : Ces milliardaires
qui nous font les poches


Police politique est un pléonasme

Quand les lobbyistes « traversent la rue… »

Columbus Day, le Jour
de Christophe Colomb

Privatisation de la liberté d'expression

Quizz : Dans quel journal pouvait-on lire
le 27 août dernier


Nous voulons attirer votre attention sur le sort de Julian Assange. Au bout de six ans, si vous ne savez toujours pas.: qu’il n'a jamais été accusé de viol.; qu'il n'a violé aucune loi (d’une juridiction dont il dépendait).  Le Grand Soir

Le massacre du 17 octobre 1961 à Paris : “ici on noie les Algériens !”

Anthropocène ou Capitalocène ?
Quelques pistes de réflexion
L’activité humaine aurait atteint un tel degré de développement qu’elle aurait fait entrer la Terre dans une nouvelle ère géologique. L’Anthropocène, terme encore timide auprès du grand public (1) mais déjà bien ancré dans la pensée de certains experts, désignerait cette nouvelle époque à l’intérieur de laquelle nous aurions pénétré. Le fait n’est pas anodin.: l’entrée dans l’Anthropocène, vraisemblablement attribuable à «.l’ensemble de l’activité humaine.», marquerait simultanément la fin de l’Holocène, période entamée après la dernière glaciation couvrant les dix derniers millénaires. La suite…
Un holocauste occulté :
La stratégie de bombardements des USA
La Deuxième Guerre mondiale a fondé le développement et le déploiement des technologies de destruction de masse associées aux forces aériennes, en particulier aux bombardiers B-29, au napalm et à la bombe atomique. Ces techonologies ont coûté la vie à une estimation de 50 à 70 millions de personnes. Contrairement au schéma de la Première Guerre mondiale, la majorité de leurs victimes étaient des civils. La guerre aérienne, qui atteignit son pic d’intensité avec les bombardements de zones, y compris les bombardements atomiques, a eu un impact dévastateur sur les populations non-combattantes. La suite…

« Je pense que nous risquons de devenir la société la mieux informée à mourir par ignorance. » Reuben Blades

QUELQUES ALTERNATIVES AUX MÉDIAS HALLUCINOGÈNES
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LE LIBÉRALISME EST UN FASCISME
Benito Mussolini, qui n’est pas la personne la plus mal placée pour nous donner une définition du fascisme, définit celui-ci en ces termes.: « Le Fascisme devrait plutôt s’appeler Corporatisme, puisqu’il s’agit en fait de l’intégration des pouvoirs de l’État et des pouvoirs du Marché. » Une définition qui s’applique parfaitement à ce que sont devenues nos prétendues Démocraties.

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