K I O S Q U E N E T
« Je ne suis pas certain que ça ira mieux si ça change,

mais je suis certain qu’il faut que ça change pour que ça aille mieux. » Lichtenberg
Les Clairvoyants
Le Karnet de Rakl
Les Plaisants


« Nous sommes dirigés par des meurtriers ; le monde changera quand les gens
auront compris qu’ils ne tireront jamais rien de ces meurtriers. » Marceline Loridan Ivens


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« L’homme peut juste­­ment s’ha­­bi­­tuer à tout, à naitre, à mourir, à tuer. C’est le tragique même de l’homme, et non son privilège, comme d’aucuns l’affirment. Au lieu de s’ha­­bi­­tuer, il vaudrait mieux que les hommes dépérissent et s’éteignent plus souvent, plus rapidement, et se donnent plus promptement la mort. Peut-être l’humanité fini­­rait-elle alors par s’élever jusqu’à l’animal. » B. Traven


Theodore J. Kaczynski

La nef des fous

  - 1999 -


« Quand le sage désigne la lune, l'idiot regarde le doigt. »


Il était une fois un navire commandé par un capitaine et des seconds, si vaniteux de leur habileté à la manœuvre, si pleins d’hybris et tellement imbus d’eux-mêmes, qu’ils en devinrent fous. Ils mirent le cap au nord, naviguèrent si loin qu’ils rencontrèrent des icebergs et des morceaux de banquise, mais continuèrent de naviguer plein nord, dans des eaux de plus en plus périlleuses, dans le seul but de se procurer des occasions d’exploits maritimes toujours plus brillants.

Le bateau atteignant des latitudes de plus en plus élevées, les passagers et l’équipage étaient de moins en moins à l’aise. Ils commencèrent à se quereller et à se plaindre de leurs conditions de vie.

— Que le diable m’emporte, dit un matelot de deuxième classe, si ce n’est le pire voyage que j’aie jamais fait. Le pont est luisant de glace. Quand je suis de vigie, le vent transperce ma veste comme un couteau ; chaque fois que je fais prendre un ris à la voile de misaine, il s’en faut vraiment de peu que je me gèle les doigts ; et pour cela, tout ce que je gagne, ce sont cinq misérables shillings par mois !

— Vous pensez que vous vous faites avoir ! dit une passagère, Moi, je n’arrive pas à fermer l’oeil de la nuit à cause du froid. Sur ce bateau, les dames n’ont pas autant de couvertures que les hommes. Ce n’est pas juste !

Un marin mexicain fit chorus :

— Chingado ! Je ne gagne que la moitié du salaire d’un marin anglo-saxon. Pour tenir le coup avec ce climat, il nous faut une nourriture abondante et je n’ai pas ma part ; les Anglo-Saxons en reçoivent plus. Et le pire de tout, c’est que les officiers me donnent toujours les ordres en anglais au lieu de le faire en espagnol.

— J’ai plus de raisons de me plaindre que qui que ce soit, dit un marin indien. Si les Visages Pâles n’avaient pas volé la terre de mes ancêtres, je ne me serais jamais trouvé sur ce navire, ici, au milieu des icebergs et des vents arctiques. Je serais simplement dans un canoë, en train de pagayer sur un joli lac paisible. Je mérite un dédommagement. Pour le moins, le capitaine devrait me laisser organiser des parties de dés, afin que je puisse me faire un peu d’argent.

Le maître d’équipage dit ce qu’il avait à dire, sans mâcher ses mots :

— Hier, le premier second m’a traité de tapette parce que je suce des bites. J’ai le droit de sucer des bites sans que l’on me donne des surnoms pour autant.

— Les humains ne sont pas les seules créatures que l’on maltraite sur ce bateau, lança, la voix tremblante d’indignation, une passagère amie des animaux. La semaine dernière, j’ai vu le deuxième second donner à deux reprises des coups de pied au chien du navire !

L’un des passagers était professeur d’université. Tout en se tordant les mains, il s’exclama :

— Tout cela est affreux ! C’est immoral ! C’est du racisme, du sexisme, du spécisme, de l’homophobie et de l’exploitation de la classe ouvrière ! C’est de la discrimination ! Nous devons obtenir la justice sociale : un salaire égal pour le marin mexicain, des salaires plus élevés pour tous les marins, un dédommagement pour l’Indien, un nombre égal de couvertures pour les dames, la reconnaissance du droit à sucer des bites et plus de coups de pied au chien !

— Oui, oui ! crièrent les passagers. Oui, oui ! cria l’équipage. C’est de la discrimination ! Nous devons exiger nos droits !

Le mousse se racla la gorge :

— Hem. Vous avez tous de bonnes raisons de vous plaindre. Mais il me semble que ce qui est vraiment urgent c’est de virer de bord et de mettre le cap au sud, car si nous continuons d’aller vers le nord, nous sommes sûrs de faire naufrage tôt ou tard, et alors vos salaires, vos couvertures et votre droit à sucer des bites ne vous serviront à rien, car nous serons tous noyés.

Mais personne ne lui prêta la moindre attention : ce n’était que le mousse.

De leur poste situé sur la dunette, le capitaine et les officiers avaient regardé et écouté cette scène. A présent, ils souriaient et se faisaient des clins d’oeil, puis, obéissant à un signe du capitaine, le troisième second descendit de la dunette. Il se dirigea nonchalamment vers l’endroit où les passagers et l’équipage étaient rassemblés et se fraya un chemin parmi eux. Il prit un air très sérieux et parla en ces termes :

— Nous, les officiers, devons admettre que des choses vraiment inexcusables se sont passées sur ce navire. Nous n’avions pas compris à quel point la situation était mauvaise avant d’avoir entendu vos plaintes. Nous sommes des hommes de bonne volonté et entendons être justes avec vous. Mais – il faut bien le dire – le capitaine est plutôt conservateur et routinier, et il faudrait peut-être le pousser un petit peu pour qu’il se décide à des changements importants. Mon opinion personnelle est que si vous protestez énergiquement – mais toujours de manière pacifique et sans violer aucun article du règlement de ce navire – cela secouerait l’inertie du capitaine et le forcerait à se pencher sur les problèmes dont vous vous plaignez à si juste titre.

Ceci ayant été dit, il retourna à la dunette. Comme il repartait, les passagers et l’équipage lui lancèrent des épithètes :

— Modéré ! Réformiste ! Libéral hypocrite ! Valet du capitaine ! Ils firent pourtant ce qu’il avait dit.

Ils se regroupèrent en masse devant la dunette, hurlèrent des insultes aux officiers et exigèrent leurs droits :

— Je veux un salaire supérieur et de meilleures conditions de travail, dit le deuxième classe.

— Le même nombre de couvertures que les hommes, dit la passagère.

— J’exige de recevoir mes ordres en espagnol, dit le marin mexicain.

— J’exige le droit d’organiser des parties de dés, dit le marin indien.

— Je refuse d’être traité de tapette, dit le maître d’équipage.

— Qu’on ne donne plus de coups de pied au chien, dit l’amie des animaux.

— La révolution tout de suite ! s’écria le professeur.

Le capitaine et les officiers se réunirent et conférèrent pendant quelques minutes tout en se faisant des clins d’oeil, des signes de tête et des sourires. Puis le capitaine se rendit à l’avant de la dunette et, avec force démonstration de bienveillance, il annonça que le salaire du deuxième classe serait porté à six shillings par mois, que celui du Mexicain serait égal aux deux-tiers de celui d’un marin anglo-saxon et qu’on lui donnerait en espagnol l’ordre de faire prendre un ris à la voile de misaine, que les passagères recevraient une couverture supplémentaire, qu’on permettrait au marin indien d’organiser des parties de dés les samedis soirs, qu’on ne traiterait plus le maître d’équipage de tapette tant qu’il ferait ses pipes dans la plus stricte intimité, et que l’on ne donnerait plus de coups de pied au chien, sauf s’il faisait quelque chose de vraiment vilain, comme voler de la nourriture dans la cuisine par exemple.

Les passagers et l’équipage célébrèrent ces concessions comme une grande victoire, mais le lendemain ils étaient de nouveau mécontents.

— Six shillings par mois, c’est un salaire de misère, et je me gèle toujours les doigts quand je fais prendre un ris à la voile de misaine ! grognait le deuxième classe.

— Je n’ai toujours pas le même salaire que les Anglo-Saxons ni assez à manger pour ce climat, dit le marin mexicain.

— Nous, les femmes, n’avons toujours pas assez de couvertures pour nous tenir au chaud, dit la passagère. Tous les autres membres de l’équipage et les passagers formulèrent des plaintes similaires, encouragés par le professeur.

Quand ils eurent terminé, le mousse prit la parole – cette fois plus fort, de manière à ce que les autres ne puissent plus l’ignorer aussi facilement.

— C’est vraiment terrible que l’on donne des coups de pied au chien parce qu’il a volé un peu de pain dans la cuisine, que les femmes n’aient pas autant de couvertures que les hommes, que le deuxième classe se gèle les doigts, et je ne vois pas pourquoi le maître d’équipage ne pourrait pas sucer des bites s’il en a envie. Mais regardez comme les icebergs sont gros à présent et comme le vent souffle de plus en plus fort. Nous devons virer de bord et mettre le cap au sud, car si nous continuons vers le nord nous allons faire naufrage et nous noyer.

— Oh oui, dit le maître d’équipage, Il est tout à fait affreux de continuer vers le nord. Mais pourquoi devrais-je rester confiné dans les toilettes pour sucer des bites ? Pourquoi devrais-je être traité de tapette ? Ne suis-je pas aussi bien que n’importe qui ?

— Naviguer vers le nord est terrible, dit la passagère, Mais ne voyez-vous pas que c’est exactement la raison pour laquelle les femmes ont besoin de davantage de couvertures afin de se maintenir au chaud ? J’exige le même nombre de couverture pour les femmes, immédiatement !

— C’est tout à fait vrai, dit le professeur, que naviguer vers le nord nous impose à tous de grandes épreuves. Mais il ne serait pas réaliste de changer de route pour aller au sud. On ne peut pas remonter le cours du temps. Nous devons trouver un moyen raisonnable de gérer la situation.

— Ecoutez, dit le mousse, si nous laissons les quatre fous de la dunette agir à leur guise, nous allons tous nous noyer. Si jamais nous mettons le navire hors de danger, alors nous pourrons nous inquiéter des conditions de travail, des couvertures pour les femmes et du droit à sucer des bites. Mais nous devons commencer par virer de bord. Si quelques-uns d’entre nous se réunissent, élaborent un plan et font preuve d’un peu de courage, nous pourrons nous sauver. Nous n’aurions pas besoin d’être nombreux – six ou huit, cela suffirait. Nous pourrions lancer une charge contre la dunette, balancer ces fous par-dessus bord et tourner la barre du navire vers le sud.

Le professeur releva le nez et dit d’un ton sévère :

— Je ne crois pas à la violence, c’est immoral.

— Il n’est jamais éthique d’utiliser la violence, dit le maître d’équipage.

— La violence me terrifie, dit la passagère.

Le capitaine et les officiers avaient regardé et écouté toute la scène. A un signe du capitaine le troisième second descendit sur le pont. Il circula parmi les passagers et l’équipage en leur disant qu’il restait beaucoup de problèmes sur le navire.

— Nous avons fait beaucoup de progrès, dit-il, mais il reste beaucoup à faire. Les conditions de travail du deuxième classe restent dures, le Mexicain n’a toujours pas le même salaire que les Anglo-Saxons, les femmes n’ont pas encore autant de couvertures que les hommes, les parties de dés du samedi soir de l’Indien sont un dédommagement dérisoire par rapport à la perte de ses terres, il n’est pas juste que le maître d’équipage doive rester confiné dans les toilettes pour sucer des bites, et le chien continue de recevoir des coups de pieds de temps en temps. Je pense que le capitaine a encore besoin qu’on le pousse. Il serait utile que vous organisiez tous une autre manifestation – pourvu qu’elle reste non-violente.

Comme il retournait à la poupe, les passager et l’équipage lui lancèrent des insultes, mais ils firent néanmoins ce qu’il avait dit et se réunirent en face de la dunette pour une autre manifestation. Ils fulminèrent, s’emportèrent, montrèrent les poings et lancèrent même un oeuf pourri sur le capitaine (qui l’évita habilement).

Après avoir écouté leurs plaintes, le capitaine et les officiers se réunirent pour une conférence où ils se firent des clins d’oeil et de larges sourires. Puis le capitaine alla à l’avant de la dunette et annonça qu’on allait donner des gants au deuxième classe afin qu’il ait les doigts au chaud, que le marin mexicain allait recevoir un salaire égal aux trois-quarts de celui des Anglo-Saxons, que les femmes allaient recevoir une autre couverture, que le marin indien allait pouvoir organiser des parties de dés tous les samedi et dimanche soirs, qu’on allait permettre au maître d’équipage de sucer des bites en public dès la tombée de la nuit, et que personne ne pourrait donner des coups de pied au chien sans une permission spéciale du capitaine.

Les passagers et l’équipage s’extasièrent devant cette grande victoire révolutionnaire, mais dès le lendemain matin, ils étaient de nouveau mécontents et commencèrent à maugréer toujours à propos des mêmes problèmes.

Cette fois le mousse se mit en colère :

— Bande d’imbéciles ! cria-t-il, Vous ne voyez pas ce que le capitaine et les officiers sont en train de faire ? Ils vous occupent l’esprit avec vos réclamations dérisoires – les couvertures, les salaires, les coups de pied au chien, etc. – et ainsi vous ne réfléchissez pas à ce qui ne va vraiment pas sur ce navire : il fonce toujours plus vers le nord et nous allons tous sombrer. Si seulement quelques-uns d’entre vous revenaient à la raison, se réunissaient et attaquaient la dunette, nous pourrions virer de bord et sauver nos vies. Mais vous ne faites rien d’autre que de geindre à propos de petits problèmes mesquins, comme les conditions de travail, les parties de dés et le droit de sucer des bites.

Ces propos révoltèrent les passagers et l’équipage.

— Mesquin !! s’exclama le Mexicain, Vous trouvez raisonnable que je ne recoive que les trois-quarts du salaire d’un marin anglo-saxon ? Ça, c’est mesquin ?!

— Comment pouvez-vous qualifier mes griefs de dérisoires ? s’écria le maître d’équipage, Vous ne savez pas à quel point c’est humiliant d’être traité de tapette ?

— Donner des coups de pied au chien n’est pas un “petit problème mesquin” ! hurla l’amie des animaux, c’est un acte insensible, cruel et brutal !

— Bon, d’accord, répondit le mousse, Ces problèmes ne sont ni mesquins, ni dérisoires. Donner des coups de pied au chien est un acte cruel et brutal, et se faire traiter de tapette est humiliant. Mais comparées à notre vrai problème – le fait que le navire continue vers le nord – vos réclamations sont mineures et insignifiantes, parce que si nous ne virons pas bientôt de bord, nous allons tous sombrer avec le navire.

— Fasciste ! dit le professeur.

— Contre-révolutionnaire ! s’écria la passagère.

Et l’un après l’autre, tous les passagers et membres de l’équipage firent chorus, traitant le mousse de fasciste et de contre-révolutionnaire. Ils le repoussèrent et se remirent à maugréer à propos des salaires, des couvertures à donner aux femmes, du droit de sucer des bites et de la manière dont on traitait le chien.

Le navire continua sa route vers le nord, au bout d’un moment il fut broyé entre deux icebergs. Tout le monde se noya.


« Le corps, unique lieu de rêve et de raison,
Asile du désir, de l'image et des sons.
» Anna de Noailles
Dietrich Hoss
Du meurtre de l’imaginaire
Meurtre ! Ce livre est un dernier avertissement [1]. Il s’agit d’arrêter l’accomplissement d’un meurtre. Un meurtre dont on ne se rend pas compte : « … on n’a pas encore trouvé le cadavre. Là est le piège dont presque personne n’est conscient (…) Quelque chose disparaît, sans qu’on sache vraiment ni quoi ni comment » (p. 20). Le livre commence par ce constat, et plus on avance plus on comprend : c’est un meurtre presque parfait, exécuté en plein jour par un monstre à mille têtes qui cache son crime sous une visibilité totale. « Car l’omniprésence du monstre rend presque impossible de déterminer où, quand, qui a tué quoi » (p. 187). C’est la sensibilité esthétique particulière d’Annie Le Brun qui l’a rendue capable de déchiffrer l’énigme du drame se déroulant dans l’opacité du temps présent. La victime du meurtre était déjà au centre de son essai Ce qui n’a pas de prix (2018) : la «.beauté vive.» et l’imagination. Dans ce livre, elle défendait l’aspiration au merveilleux de l’être humain à travers l’art, contre « un nouvel enlaidissement du monde ». Elle y montrait « une collusion de la finance et d’un certain art contemporain, à l’origine d’une entreprise de neutralisation visant à installer une domination sans réplique », une entreprise soutenue par des gestionnaires publics de la culture, et elle analysait le recours concomitant « à une esthétisation généralisée pour camoufler le fonctionnement catastrophique d’un monde allant à sa perte » [2]. La suite…



« [Les Kurdes] ne nous ont pas aidés pendant la seconde guerre mondiale.
Ils ne nous ont pas aidés en Normandie. »
Donald Trump
Havin Guneser
« Le principe du socialisme est de tuer le mâle dominant »
Depuis la fin des années 1970, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) entend lutter pour l’émancipation des populations kurdes opprimées en Turquie, en Irak, en Syrie et en Iran. Au fil des ans, il a rompu avec le marxisme-léninisme de ses origines pour se faire le promoteur d’un socialisme à ambition écologique : le confédéralisme démocratique. C’est en 2005 que le mouvement de guérilla — considéré comme «.terroriste.» par le pouvoir turc et l’Union européenne — l’a officiellement adopté. La journaliste et féministe Havin Guneser vient de publier l’ouvrage The Art of Freedom : une synthèse historique du combat anticolonialiste kurde. Nous en publions quelques pages, traduites pour l’occasion ; l’autrice y expose l’un des piliers théoriques du socialisme communa-liste.: l’égalité entre les sexes. La suite…





« Banques, assurances, gouvernants... ils se tiennent tous la main
pour faire fructifier en toute légalité le pognon qu’ils nous piquent.
C’est le système, qui est pourri, et quand tu profites du système,
c’est du civisme. »
Mikhaïl Wadimovitch Ramseier
Nicolas Casaux
Contre l’obligation vaccinale, le « civisme »
et les mythologies de droite et de gauche
Quelques réflexions désorganisées sur les temps qui courent…
Un des principaux arguments invoqués en faveur de la soumission de tous à l’obligation vaccinale consiste à en appeler à une solidarité à laquelle nous ne saurions pas décemment déroger. Par respect pour tout un chacun, nous devrions faire cette chose qui nous est accessible, qui est en notre pouvoir (nous vacciner), en vue d’éviter qu’il n’arrive du mal à autrui. Un peu, dirait-on, comme si, en ne nous vaccinant pas, nous commettions un délit de non-assistance à personne(s) en danger.
Un des principaux problèmes avec cet argument, c’est qu’il présuppose que nous devrions souhaiter nous montrer solidaires de tout un chacun, de tous nos « concitoyens ». Si c’est effectivement ce qu’encouragent la mythologie nationaliste, le «.civisme.» («.ensemble des qualités propres au bon citoyen ; zèle, dévouement pour le bien commun de la nation.»), le mythe du «.contrat socia.» et tous les boniments selon lesquels nous vivrions en «.démocratie.» et serions «.libres.», la réalité nous enseigne tout autrement. La suite…





« Toutes les sociétés sont ethnocentriques, mais toutes ne souhaitent pas
imposer leur culture à l’ensemble du globe.
» Nemo
Alastair Crooke
La guerre culturelle de l’Europe :
l’intention libérale devient illibérale
Le point évident sur lequel Bruxelles ferme les yeux est qu’il n’y a pas de mandat populaire pour annuler la culture europé-enne établie de longue date.
Quos Deus vult perdere prius dementat – un dicton datant d’environ 450 av. Les mots résument en quelque sorte la manière dont les premiers Grecs, d’Homère aux grands tragiques, pensaient la relation entre « les dieux » (ici les forces psychiques invisibles qui nous façonnent) et la sphère humaine plus large.
Elle exprime aussi une certaine vérité, dans la mesure où elle suggère que les hommes puissants deviennent souvent responsables de leur propre chute – dans la mesure où ils embrassent une certaine « folie » ; celui d’être aveugle à l’évidence. (Le viol de Lucrèce de Shakespeare articule préci-sément comment un homme puissant peut faire s’écraser « le ciel et l’enfer » sur sa propre tête).
Le but ici est de suggérer que le péché d’orgueil – étant si profondément ancré dans l’ensemble de l’entreprise humaniste laïque, et illustré dans l’UE – a eu pour conséquence que de nombreux dirigeants culturels et politiques influents d’Europe sont devenus « fous » dans le sens d’être aveugle aux consé-quences évidentes de ce qu’ils font. La suite…





« Fanatique - Celui qui s'obstine à soutenir une opinion
 qui n'est pas la vôtre.
» Ambrose Bierce
Alain Gresh
Loi de 1905. Dévoyer la laïcité
pour guerroyer contre l’islam
Le conseil des ministres proposera le 9 décembre, date anniversaire de la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État, un texte « confortant les principes républicains ». Sous couvert de défendre la laïcité, il s’inscrit en faux contre la lettre et l’esprit de la loi de 1905, marquée par un libéralisme assumé par son promoteur Aristide Briand. Et bien étranger à l’idée d’expulsion du religieux de l’espace public que préconisent les campagnes actuelles contre l’islam et les musulmans.
« Il y a le fanatisme religieux et le fanatisme irréligieux, et le second est aussi mauvais que le premier. » Au milieu des éclats de rire, Jules Ferry s’adresse, le 19 avril 1881, au second congrès pédagogique des instituteurs et institutrices publics de France (1).
Ces propos du fondateur de l’école publique en France éclairent une réalité effacée : la lutte pour la laïcité en France s’est menée sur un double front. D’abord, prioritairement, contre l’Église catholique, une force pesante, arrogante et antirépublicaine qui ne voulait rien céder de ses prérogatives. Mais aussi à l’intérieur du camp républicain, contre ceux qui voyaient dans la laïcité une arme pour détruire non pas le cléricalisme, mais les religions. La suite…



« La science est obscure — peut-être
parce que la vérité est sombre. »
Victor Hugo
Hypothèse d’une fuite de labo : les États-Unis
au cœur de l’enquête sur l’origine du Covid-19
D’abord caricaturée comme complotiste, la thèse de la fuite de laboratoire est désormais creusée sérieusement. Mediapart raconte l'enquête scientifique internationale qui a mis au jour l’opacité chinoise et l’implication des États-Unis dans des recherches controversées.
La pandémie de Covid-19 a nourri de nombreuses controverses scientifiques. L’une d’entre elles, au lieu de s’apaiser, gagne en intensité. Elle tient à l’origine du virus, un puzzle aux pièces patiemment rassemblées, mais toujours éparses et incomplètes.
Aux prémices de la pandémie, le 19 février 2020, 27 experts en santé publique de renommée mondiale ont voulu imposer une seule explication possible, celle de la zoonose, l’émergence naturelle d’un coronavirus passé de la chauve-souris à l’homme. « Ensemble, nous condamnons fermement les théories complotistes suggérant que le Covid-19 n’est pas d’origine naturelle », ont-ils écrit dans une lettre ouverte publiée par The Lancet, un journal scientifique de référence.
« Une partie de la communauté scientifique a voulu fermer le débat sur l’origine du virus avec des arguments d’autorité, c’est un dysfonctionnement majeur », explique José Halloy. Physicien à l’université de Paris, ce spécialiste des « systèmes complexes » du vivant étudie les crises globales, qu’elles soient climatiques ou liées à la soutenabilité des technologies modernes. Au début des années 2010, il a travaillé sur la prolifération des laboratoires de biologie BSL-4 (ou P4, selon la dénomination européenne) dans le monde, susceptibles d’abriter les agents pathogènes les plus infectieux, souvent situés dans des grands centres urbains. La suite…




« La trop grande sécurité des peuples est toujours
l'avant coureur de leur servitude.
» Jean-Paul Marat
Caitlin Johnstone
Vous n’êtes pas censé faire confiance au gouvernement
Je n’en reviens toujours pas de l’audace dont fait preuve l’administration Biden en annonçant qu’il lui appartient de déterminer qui doit être banni des plates-formes de médias sociaux et du peu de réactions qu’elle suscite.
Imaginez l’indignation si Trump avait dit ça. Sérieusement, imaginez ça. L’administration Biden donnant des instructions à la plus grande plateforme de médias sociaux du monde pour savoir qui censurer est jusqu’à présent le plus grand moment de "Imaginez si Trump avait fait ça".
- Ils ont dit que nous avions besoin de la censure d’internet à cause de la Russie.
- Ils ont dit que nous avions besoin de la censure d’internet à cause de Covid.
- Ils ont dit que nous avons besoin de la censure d’internet à cause de la sécurité des élections.
- Ils ont dit que nous avons besoin de la censure d’Internet à cause de l’émeute du Capitole.
- Ils ont dit que nous avions besoin de la censure d’Internet à cause de l’extrémisme intérieur.
Je suis presque sûre qu’ils veulent juste la censure d’internet. La suite…


« Donne un cheval à celui qui dit la vérité...
il en aura besoin pour s'enfuir.
» Proverbe Afghan
Karla Mary
Entre la peste des talibans et le choléra de la guerre civile
Depuis l’accélération du retrait de l’armée américaine, les talibans semblent en passe de vaincre militairement en Afghanistan. Face à cette offensive, l’impuissance de l’armée afghane a poussé les seigneurs de la guerre, qui s’étaient fortement réarmés ces derniers mois, à entrer dans la bataille.
Une partie de la population se mobilise pour se défendre contre les talibans, qui auraient pris le contrôle de 160 des 400 districts du pays, alors que les forces régulières du gouvernement de Kaboul apparaissent vaincues, à la fois militairement et moralement. Laissés à l’abandon sur la ligne de front, attendant désespérément leur solde et un armement correct, peu de soldats souhaitent donner leur vie pour un état-major et un gouvernement corrompus. Les officiers supérieurs amassent eux des milliers de dollars assis derrière un bureau confortable et sécurisé, quelque part à Kaboul.
Aucun plan de bataille ne semble clairement défini, et les forces régulières opèrent des « retraits tactiques » des centres de district, laissant la population civile à la merci des insurgés. Dans les premiers jours de juillet 2021, des milliers de soldats apeurés se sont réfugiés au Tadjikistan pour échapper aux attaques des talibans. La suite…




« La  solidarité est la tendresse des peuples. » Thomas Borgue
Acapatzingo : un autre monde au beau milieu
de l’agglomération de México

Une expérience inédite au coeur de la metropole... Alors que chaque jour de pandémie nous renvoie à un sentiment d’impuissance, conséquence d’une dépendance totale à des dispositifs bio-sécuritaires sur lesquels nous n’avons pas prise, de l’autre côté de l’Atlantique des gens s’organisent par eux-mêmes, se construisent un territoire, si limité fût-il, dans lequel leur puissance commune peut s’exercer. Et si le Mexique indigène nous en a offert tant d’exemples dans les campagnes, cette fois c’est en pleine agglomération suburbaine que ça se passe : le quartier auto-construit et auto-défendu de Acapatzingo se trouve à Itzapalapa, la plus peuplée des seize divisions de Mexico DF avec 1 800 000 habitants. C’est aussi une des zones les plus pauvres et déshéritées de l’agglomération, où manquent bien souvent les services communs élémentaires et règne la violence liée au narcotrafic. La suite…

MUNI DE TON PASS SANITAIRE, TOI QUI ENTRE ICI ABANDONNE TOUT ESPOIR. Emmanuel Macron l’a annoncé lundi dernier, la stratégie de lutte contre la 4e vague épidémique s’articulera autour de valeurs phares : la menace et le chantage, le contrôle et la répression. Il y a beaucoup à dire et à penser de ce que va produire le Pass sanitaire et les mille frontières invisibles qu’il va faire exister autour de nous, de la division entre bon citoyen et marginal co-responsable de l’épidémie. Pour le gouvernement, c’est en tous cas du win-win, d’un côté la mise au pas de sa population afin de faire repartir de plus belle la machine économique, de l’autre, la production d’une opposition facilement taxable de complotisme et vérolée par l’extrême-droite [1] Nous avons reçu ce « billet d’humeur », dont nous partageons le constat mais pas les maigres espoirs : la dynamique entre « société » et marge nous paraît être au cœur du dispositif gouvernemental, c’est donc ce découpage qu’il s’agira, selon nous, de faire exploser. Il représente néanmoins une contribution pertinente au débat en cours. La suite…

MÉDIACRATIE, PROPAGANDA & INFAUX
Écoutes NSO Pégasus. Gabriel Attal : « faits extrêmement choquants (…) Nous sommes extrêmement attachés à la liberté de la presse, donc c’est très grave d’avoir des manipulations, des techniques qui visent à nuire à la liberté des journalistes, à leur liberté d’enquêter, d’informer (…) Il va y avoir évidemment des enquêtes, des éclaircissements qui vont être demandés ». À qui ? Au Maroc ? À Israël ? Au Danemark ? À la Russie ? Aux Chinois ? Au États-Unis ? … Il est difficile de ne pas se rouler par terre de rire à l’évocation de ce genre de foutage de gueule.

 

MACRONISTAN
Cinéphilie : la piraterie n’est jamais finie

Pass sanitaire : le problème, c’est le flicage !

Vaccin, pass sanitaire, complotisme et réformes ultralibérales

La technocrature jette le masque

Laurent Wauquiez veut autoriser la reconnaissance faciale
dans les trains et les gares

27 décharges de taser : policiers accusés de violences sur un jeune homme

« Faire ces conneries est devenu politique »

La France teste officiellement la reconnaissance faciale dans les gares

INTERNATIONAL
La Russie et l’Allemagne gagnent la guerre du Nord Stream 2

Projet Pegasus : un logiciel espion israélien "sans clic" utilisé
contre des milliers de journalistes et militants

La cybersurveillance, une redoutable arme politico-commerciale pour Israël

Cuba. « Un cri de désespoir »

La guerre pour le contrôle de nos esprits

Noam Chomsky : « Les élites se livrent en permanence à une sournoise
guerre des classes »

La plus grande menace pour la Grande-Bretagne n’est pas la Chine
ou la Russie, c’est Boris Johnson

LE LIBÉRALISME EST UN FASCISME
Benito Mussolini, qui n’est pas la personne la plus mal placée pour nous donner une définition du fascisme, définit celui-ci en ces termes.: « Le Fascisme devrait plutôt s’appeler Corporatisme, puisqu’il s’agit en fait de l’intégration des pouvoirs de l’État et des pouvoirs du Marché. » Une définition qui s’applique parfaitement à ce que sont nos prétendues “Démocraties”.

Articles des numéros précédents ICI
LEXIQUE de la classe dominante
Dernier livre en téléchargement : Énergie et Équité, Ivan Illich
Maison fondée en 2010
Parution le vendredi en fin de journée - N°602
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